[Critique] The Big Short : Le casse du siècle

Toute la mise en scène et la déconstruction narrative, dont des caméos inoubliables et des ruptures du quatrième mur, parviennent à donner un ton ludique et parfaitement divertissant à la mission pédagogique que se donne le film pour nous éclairer face aux mécanismes complexes du système boursier. Grâce à un montage plein d’énergie, qui va même souvent emprunter des images de la culture pop, et aux prestations à contre-emplois des stars, le film illustre également  de façon décalée l’effervescence et la part de névrose de Wall-Street.

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The Big Short : Le casse du siècle

Titre original : The Big Short

Un film de : Adam McKay

Avec : Christian Bale, Steve Carell, Ryan Gosling, Brad Pitt, Finn Wittrock, Max Greenfield…

Wall Street. 2005.

Profitant de l’aveuglement généralisé des grosses banques, des medias et du gouvernement, quatre outsiders anticipent l’explosion de la bulle financière et mettent au point… le casse du siècle ! Michael Burry, Steve Eisman, Greg Lippmann et Ben Hockett : des personnages visionnaires et hors du commun qui vont parier contre les banques… et tenter de rafler la mise !

The_Big_Short_Ryan_Gosling_Steve_Carell_ParamountChronique d’une crise annoncée

Sorti en 2010, le roman de Michael Lewis qui revenait sur les coulisses de la crise financière est aussitôt devenu un best-seller aux États-Unis, preuve que certains américains étaient désireux de comprendre en quoi leur système capitaliste connaissait des limites. Évidemment, un tel succès littéraire n’a pas tardé à attirer l’attention d’Hollywood et c’est la Paramount Pictures qui s’est empressé d’acheter les droits sur le livre. Mais quelques mois plus tard, alors que le projet de film devient officiel, on apprend que la réalisation de ce thriller boursier a été confiée à Adam McKay. Pour rappel, il s’agit d’un réalisateur qui n’a jusqu’ici signé que des comédies que l’on peut davantage qualifier de graveleuses que de satiriques (La légende de Ron Burgundy, Very Bad Cops…), et accessoirement co-scénariste d’Ant-Man. Difficile de comprendre comment, pour son premier film sans son acteur fétiche Will Ferell, un tel cinéaste allait réussir à nous immerger dans le drame d’un scandale financier aux répercussions internationales. Autant dire que la suspicion de ne pas voir le sujet pris au sérieux est complètement évincé à la vue de la construction de ce scénario qui a ouvertement pour intention première de nous immerger dans le tumulte de Wall-Street en mêlant un réalisme documentaire à une légèreté pleine d’humour noir.

The_Big_Short_Christian_Bale_ParamountCasting 4 étoiles

Mais autant être franc, ce qui est attirant dans ce long-métrage est clairement son casting. Alors que le sujet de la crise de 2009 a déjà été traité au cinéma (notamment par le déjà excellent Margin Call), la réunion de Christian Bale, Ryan Gosling, Brad Pitt et Steve Carell annoncée par le teaser rendait aussitôt The Big Short terriblement alléchant. Et les prestations des quatre acteurs sont clairement remarquables. Imaginez plutôt un Christian Bale qui interprète un expert de la finance à l’opposé du golden-boy Patrick Bateman d’American Psycho, puisqu’il s’agit d’un génie asocial atteint du syndrome d’Asperger. De son coté, Ryan Gosling a un personnage moins haut en couleurs, mais qui se caractérise par sa tendance à briser le quatrième mur (à la façon de Kevin Spacey dans House of Cards). Steve Carell quant à lui livre une prestation pleine de sérieux (sa deuxième cette année après Foxcatcher) en prêtant ses traits à un gestionnaire de fonds dont il rend très drôle le franc-parler devenu célèbre dans le milieu. Dans la peau d’un ex-trader devenu paranoïaque, Brad Pitt a en revanche un rôle plus en recul, ce qui est surprenant de sa part quand on sait qu’il a participé au financement du film. Des prestations remarquables notamment grâce aux looks improbables qu’arborent chacun des acteurs mais qui ne les empêchent en rien, derrière ses allures caricaturales voire grotesques, de donner une part d’humanité touchante à leurs personnages pourtant à-priori terriblement antipathiques.

The_Big_Short_Brad_Pitt_ParamountL’investissement financier pour les nuls

Mais, même si chacune de ces stars pourraient mériter une nomination à l’Oscar du meilleur acteur pour leur performance excentrique à contre-emploi, ce n’est pas ce que l’on retiendra le plus du film. La première tâche du scénario sera de devoir nous expliquer l’historique et les mécanismes financiers des Couvertures de Défaillances (CDS en anglais) et des titrisations d’actifs (CDO) ainsi que les risques qu’ils représentent pour leur créanciers et, à long terme, les institutions bancaires. Autant dire que l’extrême complexité de ce jargon technique, omniprésent tout le long du sujet, va énormément peser sur l’adhésion du public à l’intrigue. Mais c’est là que l’idée d’avoir fait appel à un cinéaste comique tel que McKay prend sens, puisque toute la mise en scène et la déconstruction narrative, dont ces fameuses ruptures du quatrième mur, parvient à donner un ton ludique et parfaitement divertissant à cette mission didactique. Grâce à un montage plein d’énergie, qui va même souvent emprunter des images de la culture pop pour illustrer de façon décalée l’effervescence et la superficialité de Wall-Street, le film ne tombe jamais dans le piège des ruptures de ton mais garde au contraire une rythmique clipesque euphorisante. Une énergie qui a toutefois tendance à s’essouffler tandis que le film s’étire, sans réussir à maintenir non plus ni son humour décalé ni son intensité dramatique. En cela, sa durée, supérieure à deux heures, devient, davantage que sa technicité souvent hermétique, le principal défaut du film.

Dans un microcosme où tout répond à des règles strictes et où la norme pourrait être, comme ce fut le cas dans Le Loup de Wall-Street, celle du bling-bling, l’allure parfaitement non-conformiste des personnages, qui est elle-même en rupture avec l’image glamour de leurs interprètes, est un marqueur fort du caractère névrotique qu’impose le cynisme du système boursier. Un cynisme que l’humour noir dont fait preuve le scénario ne fera que renforcer au point de faire de The Big Short plus qu’un retour sur les raisons techniques de l’éclatement du marché financier, mais un véritable plaidoyer contre les dérives des monopoles bancaires que ne pouvait qu’engendrer ce modèle de capitalisme dérégulé.

Nos attentes pour une édition collector:

Un documentaire qui participe à notre compréhension des enjeux et du lexique du film, ainsi que les témoignages de l’auteur du livre et des véritables traders dont il s’est inspiré afin d’en assurer la véracité.

Crédit Images : © Paramount Pictures

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Julien DUGOIS

Je l'avoue je ne suis pas un accroc de galette bleue, je préfère me passer de bonus au profit d'une diffusion sur grand écran.

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