[Critique] Suicide Squad

Et si le blockbuster le plus attendu de l'été n'était finalement qu'une vulgaire série Z survendue?

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Suicide Squad

Un film de : David Ayer

Avec : Margot Robbie, Will Smith, Viola Davis, Cara Delevingne, Joel Kinnaman, Jai Courtney, Jared Leto

Effrayés de voir l’émergence d’une nouvelle puissance destructrice après la mort de Superman, les services secrets, sous l’impulsion d’Amanda Waller, mettent au point au équipe d’intervention composée de criminels. Lorsqu’une sorcière maléfique menace l’humanité, ces dangers ambulants sont réunis et envoyés en mission suicide dans l’espoir de la stopper.

Tromperie sur la marchandise

Le Jocker, au centre du film?

Le Joker, au centre du film?

Vous souvenez-vous ce début d’année 2015, alors que nous découvrions les premières images de Suicide Squad et du très attendu au tournant Joker par Jared Leto ? Vous souvenez-vous de la levée de boucliers des fans du monde entier à la vue de ce qui faut alors qualité de « bouffon au look de Marilyn Manson du pauvre » ? Peut-être l’avez-vous oublié, vous laissant prendre par une longue campagne marketing qui a pris soin de vendre ce personnage mythique, à l’iconiser à tel point qu’il est devenu en moins d’un an l’une des figures les plus populaires des Internet. Une belle réussite promotionnelle de la part de Warner, qui a réussi à nous faire avaler la pilule vis-à-vis du méchant le plus populaire de l’univers DC. Et puis, la firme a subi le semi-échec de Batman V. Superman, qui a fait se rendre compte aux décideurs que le grand public n’était pas prêt à voir se télescoper l’imaginaire super-héroïque et un univers trop sombre et violent… ce qui était justement la promesse de Suicide Squad dont on en était venu à attendre une irrévérence qui viendrait enterrer Deadpool. Avec le même cynisme, la campagne marketing s’est alors détournée du rôle de Jared Leto pour se focaliser sur une nouvelle imagerie, aux couleurs plus criardes qu’un clip d’Earth Wide and Fire et une pub Haribo réunis… Après que l’on nous ait vendu la face sombre du DC Extended Universe, Suicide Squad est donc subitement apparu comme un objet pop et kitsch. Mais comment se positionne le film entre ces deux propositions antinomiques ? Nulle part, c’est là tout le problème !

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Fresh Prince ou bad guy?

Blockbuster aussi calibré que mou du genou

Tel qu’il apparaît à l’écran, le film n’est rien que le fruit d’un montage schizophrénique qui essaie vainement de trouver son équilibre entre le film d’action que l’on pouvait espérer de David Ayer et d’une comédie qui ne sortirait pas de ce que peuvent en attendre les amateurs de films de super-héros. Rien de subversif dans les bons mots que s’échangent les personnages donc, mais également peu de place laissée à l’action. Alors que certains passages ont des allures de film de guerre urbain, tendance Chute du Faucon Noir transposé à New-York, les scènes de castagnes et de fusillades se comptent sur les doigts d’une main. Pire encore de la part du réalisateur de l’excellent End of Watch, on aurait pu espérer une certaine qualité dans la mise en scène de ces rares poussées d’adrénaline… il n’en est rien. En plus de ne donner ni intensité réaliste, ni virtuosité à ses combats, Ayer s’essaie à imiter Snyder avec des effets de ralentis qu’il ne maitrise visiblement pas. Et le renfort récurrent à des musiques pop n’est que la marque d’une quête de cool-attitude qui tourne vite au grotesque le plus insupportable. L’autre problème de ce montage est encore une fois cette volonté de donner une place à ce design flashy, notamment dans sa première partie, dans laquelle quelques-uns des personnages sont introduits via un procédé descriptif ouvertement emprunté à l’imagerie vidéo-ludique. Les producteurs auraient-ils alors remanié ce qu’a filmé Ayer ? Celui va sans dire, mais ce dernier n’est pas pour autant exempt de tous les torts !

Les pied-nickelés passent à l’offensive

Le réalisateur est en effet également crédité en tant que scénariste. Et ce qui aurait pu être au film de super-héros ce que Les 12 salopards fut, 50 ans plus tôt, au film de guerre ne réussit pas à renouveler le genre. La formation d’une bande d’anti-héros contraints de s’allier pour combattre une entité maléfique… comme un air de déjà-vu ? Les Gardiens de la Galaxie peut-être ! Mais le film ne devait pas être celui d’une énième bande de banals anti-héros, mais celui des pires super-méchants de son univers… là encore, c’est un échec. D’abord, le trop-plein de personnages empêche au scénario de leur offrir à tous un développement équitable. C’était déjà le problème de Captain America: Civil War mais qui, au moins, avait le mérite de multiplier des héros pour la plupart déjà introduits. Ici, il faut tout créer. Certains d’entre eux auront alors à un traitement spécial, alors que l’on ne saura rien sur les autres. Acteurs bankables oblige, les personnages de Will Smith et de Margot Robbie sont donc les mieux traités. La caractérisation du premier, à savoir celle d’un dur à cuire blagueur mais qui cache un cœur tendre (comme à peu près TOUS les rôles de Will Smith depuis maintenant 20 ans) est caractéristique de l’impossibilité du film à construire de vrais bad guys… mais au contraire une « nouvelle famille » pour ses héros pathétiques. Un bon-sentimentalisme qui n’a rien à envier aux productions Disney !

A chacun ses super-pouvoirs!

A chacun ses super-pouvoirs!

Il manque comme un grain de folie

Reste Margot Robbie, filmée dans des pauses racoleuses au plus près de sa petite culotte. Peut-être le souvenir purement libidinal de cette caricature machiste sera t-il le seul que l’on gardera de ce blockbuster que l’on attendait tant… Mais, au fait, et ce Joker en grand méchant, qui nous a été vendu depuis la première bande-annonce, que vaut-il ? Un pétard mouillé, ni plus ni moins. Réduit au rang de personnage secondaire, qui semble même n’être là que pour remplir un certain fan service, Jared Leto essaie d’en faire le faire le plus possible pour que chacune de ses apparitions soit mémorable. L’idée d’exploiter le coté caïd bling-bling du personnage, en rupture avec le terroriste anarcho-nihiliste qu’interprétait Heath Ledger, est louable et est même l’occasion d’en explorer une facette que le cinéma a délaissé. Malheureusement, à trop vouloir prendre son personnage au sérieux, Jared Leto le dénature complètement, le limitant à un ersatz de Scarface sous cocaïne, et livre, avec ce jeu poussif digne d’un Johnny Depp grimé en Jack Sparrow, la pire prestation de sa carrière. Autre victime d’une direction d’acteur paresseuse, Ben Affleck qui, à l’inverse, semble ne pas du tout s’investir dans son rôle de Bruce Wayne/Batman. Un comble quand on sait à quel point celui-ci lui tient à cœur! A défaut de ce Joker dont il apparaît évident que beaucoup de scènes ont été coupées au montage, le véritable méchant est une vague créature en effets spéciaux vintage dont même Gods of Egypt n’aurait pas voulu et aux motivations incertaines. Ridicule. Que dire d’autre ?

Espérons dès à présent que le DC Extended Universe ne suivra la voie de ce film sans enjeux ni originalité, car même si une certaine cohésion entre les longs-métrage semble assurée, cette incapacité à assumer des partis-pris audacieux ressemble de plus en plus à une forme d’hypocrisie qui en viendrait presque à nous faire préférer la consensualité assumée des studios Marvel.

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Julien DUGOIS

Je l'avoue je ne suis pas un accroc de galette bleue, je préfère me passer de bonus au profit d'une diffusion sur grand écran.

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