[Critique] Seuls

L'adaptation de bande-dessinée au cinéma est un défi difficile à relever. Comment David Moreau a-t-il réussi à porter à l'écran Seuls et les aventures de ses héros adolescents livrés à eux-même?

Seuls

Un film de : David Moreau

Avec : Sofia Lesaffre, Stéphane Bak, Jean-Stan du Pac, Paul Scarfoglio, Kim Lockhart, Thomas Doret

Après un vendredi soir passé à la fête foraine avec ses amies, Leila, 16 ans, se réveille chez elle. Rapidement, elle se rend compte que ses parents ne sont pas à la maison et que la wifi est coupée. Elle sort en ville et s’aperçoit que tout le monde a disparu. Son chemin va croiser celui d’autres jeunes qui, eux-aussi, ne comprennent rien de ce qui passe.

Teen post-apo’

Quel adolescent n’a jamais rêvé de se voir débarrassé des adultes et de leur autorité rétrograde pour pouvoir enfin jouir de sa totale liberté ? Cela ressemble grandement au pitch de Alone, un film de Thierry Poiraud sorti en DTV il y a moins d’un an, mais c’est aussi la situation dans laquelle se retrouvent Leila, Terry, Dodji, Camille et Yvan dans les premières minutes de Seuls. Sauf que, plutôt que d’en profiter pour s’amuser un peu, c’est aussitôt dans une totale panique que sombrent nos cinq jeunes héros. Cette situation surréaliste, le réalisateur David Moreau, qui a fait ses marques dans le fantastique grâce à sa collaboration avec Xavier Palud sur Ils et The Eye, la tire d’une bande-dessinée signée Fabien Vehlmann et Bruno Gazzotti. Si le déroulement des événements ne suit pas tout à fait fidèlement celle de la BD, les personnages y sont plutôt attachés, hormis leur âge qui est globalement un peu vieilli, mais le fait de ne pas prendre le temps de les développer aboutit à leur donner une caractérisation très caricaturale. Le choix de concentrer la narration autour de Leila -qui, du coup, a 16 ans au lieu de 12 dans la BD, permettant d’introduire un semblant de tension sexuelle sans être trop de mauvais goût- ne nous permet en effet que de découvrir qu’un peu de son background, alors que celui de ses futurs amis ne sera que très vaguement évoqué, les limitant en fin de compte à quelques traits de caractère.

Fort heureusement, les jeunes acteurs parviennent à rendre leurs personnages suffisamment sympathiques pour que l’on puisse s’y attacher un minimum. Le plus expérimenté d’entre eux, Stéphane Bak (vu dans Elle ou encore Les Héritiers), est celui dont le personnage, Dodji, est justement le moins attachant, celui-ci étant bien trop réduit à son caractère taciturne, alors que Paul Scarfoglio (vu dans Un Sac de Billes), étant au contraire identifié par son extravagance et sa pleutrerie, se retrouve à la source de la grande majorité des effets comiques du long-métrage. En revanche, les personnages secondaires, en l’occurrence les antagonistes, sont si mal introduits qu’ils apparaissent comme des pièces rapportées dont le scénariste n’auraient pas su quoi faire en adaptant le matériel initial. L’autre parti-pris discutable de la part du réalisateur est celle d’avoir été fidèle à une unité de lieu, en l’occurrence Fortville, une ville imaginaire. Un décor facile à créer en format dessiné, mais bien plus problématique dès qu’il s’agit de le filmer.

C’est ainsi que la plupart des effets spéciaux de ce film fantastique se sont focalisés sur cette volonté de rendre difficilement identifiable les lieux de tournage. Malgré ces efforts, les spectateurs connaissant un minimum Paris, Nanterre ou encore Cergy-Pontoise se retrouveront fort mal à l’aise de voir un tel manque de respect géographique. Rester fidèle à une certaine réalité aurait été non seulement plus confortable pour ceux qui s’y retrouveraient mais également la source d’une pression horrifique plus tangible (en cela, Two seuls étaient plus efficace). À propos des effets spéciaux justement, notons que les plus spectaculaires d’entre eux, à savoir l’impressionnant brouillard (même s’il n’est qu’une redite de The Mist), sont parfaitement réussis alors que certains autres, à commencer par les plans en plongée sur les voitures en marche, sont de lamentables échecs visuels.

Hormis quelques invraisemblances (la présence d’animaux en ville et un twist final fort mal exploité), un montage qui manque de peps et des personnages mal écrits, Seuls reste un divertissement à pop-corn qui devrait réjouir les spectateurs du même âge qu’eux, mais aussi les quelques adultes qui y verront un espoir de renouveau –encore balbutiant–  du cinéma fantastique en France. Un renouveau qui, avec Grave, semble décidément se fixer sur un public jeune… et donc certainement moins demandant.

Nos espoirs pour une édition collector:

Au moins un making-of qui nous rendrait fiers des sociétés d’effets spéciaux françaises mais aussi, et bien sûr, l’intégrale de la BD… !

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Julien DUGOIS

Je l'avoue je ne suis pas un accroc de galette bleue, je préfère me passer de bonus au profit d'une diffusion sur grand écran.

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