[Critique] Nerve

Nerve est le nouveau film du duo Schulman et Joost mettant en scène Emma Roberts et Dave Franco, découvrez ce que nous en avons pensé !

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Un film de : Ariel Schulman & Henry Joost

Avec : Emma Roberts, Dave Franco, Emily Meade, Miles Heizer…

En participant à Nerve, un jeu qui diffuse en direct sur Internet des défis filmés, Vee et Ian décident de s’associer pour relever des challenges de plus en plus risqués et gagner toujours plus d’argent.
Mais bientôt les deux « Joueurs » s’aperçoivent que leurs moindres mouvements sont manipulés par une communauté anonyme de « Voyeurs ». Le jeu vire au cauchemar. Impossible d’arrêter…

À l’heure où Pokemon Go et Periscope sont au cœur d’une importante médiatisation, Nerve semble tomber à pic en traitant d’une application similaire et de ses conséquences sur la jeunesse. Le principe ? Il suffit de choisir entre être un «voyeur » ou un «joueur». Lorsque l’on joue, on reçoit des défis des voyeurs. Si ce défi est relevé, on gagne la somme d’argent qui était alors en jeu.

Un Teen-movie efficace

Ian (Dave Franco) und Vee (Emma Roberts)

Ian (Dave Franco) et Vee (Emma Roberts)

Nerve est avant tout un teen-movie. Un genre ayant des codes assez précis, qui sont destinés à un public précis. Le teen-movie présente généralement les tourments adolescent à travers des personnages auxquels tout ado pourra s’identifier. Nerve propose une aventure basée sur les questionnements modernes de l’image de soi et de la popularité. Ainsi, difficile de ne pas penser au phénomène des youtubeurs, en voyant de jeunes ados se mettre en scène sous les coups de défis devant un public (de) voyeur. Le film parle donc à une génération contemporaine qui serait en possession d’un smartphone, et si pour Vee – jouée par Emma Roberts – l’aventure se révèle d’abord amusante, elle va tourner logiquement au cauchemar, en devenant prisonnier du jeu.

De ce point de vue, on va reprocher une simplification un peu trop évidente concernant des environnements tels que le DarkNet ou encore la caricature lourde de certains personnages due à leurs archétypes (notamment la pouffe et le geek). Mais voilà, en présentant un questionnement contemporain, qui nous touche tous (directement, pour la plupart), Nerve finit par nous prendre assez habilement dans son rythme. Et il faudra bien accorder au film un véritable plaisir au visionnage. La réalisation dynamique, alternant entre plans subjectifs de smartphone et plans classiques, offre un rythme qui empêche l’ennui. On pourra cependant noter que le film traîne à démarrer, mais une fois ces petites minutes passées, on ne se lasse plus. Nerve se révèle très fun à regarder, avec une gestion efficace de la tension et des personnages  attachants. Le film se présente finalement plutôt comme un plaisir coupable qu’autre chose. Ceci-dit, Nerve, de par sa mise en scène et surtout son sujet, permet de réfléchir à un fantasme de cinéma de plus en plus prégnant.

Le fantasme (discret) de Nerve

Vee (Emma Roberts)

Vee (Emma Roberts)

Le film est réalisé par le duo Ariel Schulman et Henry Joost. Ces derniers étaient à la tête de Paranormal Activity 3 & 4, ainsi que Catfish – un documentaire. Ces trois films ont plusieurs points communs avec Nerve. En effet, ils traitent tous les quatre, soit dans le fond, soit dans la forme, de la multiplicité contemporaine des regards. Ainsi, Catfish parle des réseaux sociaux, sous la forme d’un documentaire dont on peut remettre la véracité en question (même si les réalisateurs s’en défendent). Paranormal Activity travaille l’horreur par le found-footage, donc par un point de vue amateur et facilement identifiable. Puis Nerve traite de réalité virtuelle, des réseaux sociaux et de la multiplicité des points de vue qui en découlent. Les deux réalisateurs travaillent par conséquent sur un fantasme contemporain, qui est le thème récurrent de leur œuvre.

Ce fantasme peut se référer en quelque sorte à un Panoptique.  Il s’agit d’une construction architecturale carcérale, où le gardien de la prison peut observer les prisonniers sans qu’ils ne puissent le voir. Cela crée un effet d’omniscience invisible pour ces derniers. Cette idée architecturale peut s’appliquer au cinéma depuis les années 20. Notamment avec le cinéma Russe et les théories Vertovienne du montage tel que le Ciné-œil. L’idée de tout voir, d’être partout à la fois, est une idée qui arrive à prendre forme de manière très récente. En effet, le phénomène des caméras de surveillance, des drones ou du direct permet d’assouvir un peu plus ce fantasme. Nerve peut se placer dans cette intention cinématographique (un peu théorique, on vous l’accorde). Ceci-dit, Nerve reste un objet bien simple face à de tels enjeux. Il ne se contente que les effleurer, et de simplifier au maximum afin de s’adresser plus facilement à son public visé,  qui est un public adolescent.

Ian (Dave Franco) bietet Vee an seine Partnerin im Online-Game zu sein

Ian (Dave Franco)

Conclusion

Pour conclure, Nerve est un techno-teen movie, un genre hybride mais contemporain en soi. Si on commence par croire que le film va se diriger vers les travers du teen movie, on est pris par l’innovation de l’enjeu car il est question d’un jeu sur smartphone. Fun et intelligent concernant le système du jeu (voyeur/joueur), Nerve finit par prendre son audience, comme ses personnages, dans sa spirale d’abord fantasmée puis (logiquement) infernale. Un film rythmé et intelligent, efficace en somme. Malheureusement le film finit par retomber dans les travers du teen movie, dont les codes sont éculés, mais sans en déplaire à la jeune fille de 14 ans qui aura eu sa dose d’amourettes. Simplifiant, pour son audience, un message bien plus large et complexe que ne le laisse entendre le film. Passant ainsi à côté d’un potentiel dramatique fort dû au formatage de l’œuvre, qui n’oubliera pas son happy ending de convention. Malgré tout le rythme et la maîtrise de l’équipe derrière la caméra, fait passer un moment très agréable devant un film plus que correct.

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Guillaume DE CASTRO

Etudiant en cinéma, ma passion pour le cinéma est présente chez moi depuis toujours. La galette bleue est actuellement le meilleur moyen de vivre des sensations proche du grand écran aujourd'hui, c'est pourquoi je l'aime particulierement.

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