[Critique] Miss Peregrine et les Enfants particuliers

Que vaut le nouveau Tim Burton? Un film pour enfants ou une fresque fantasy?

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Miss Peregrine et les Enfants particuliers

Titre original : Miss Peregrine’s Home For Peculiar Children

Un film de : Tim Burton

Avec : Asa Butterfield, Eva Green, Samuel L. Jackson, Terence Stamp, Ella Pumell, Judi Dench, Allison Janney, Rupert Everett, Kim Dickens, Chris O’Dowd

À la mort de son grand-père, Jacob découvre les indices et l’existence d’un monde mystérieux qui le mène dans un lieu magique : la Maison de Miss Peregrine pour Enfants Particuliers. Mais le mystère et le danger s’amplifient quand il apprend à connaître les résidents, leurs étranges pouvoirs … et leurs puissants ennemis. Finalement, Jacob découvre que seule sa propre « particularité » peut sauver ses nouveaux amis.

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Tu as de quoi faire la gueule Eva!

18 mois après Big Eyes, unanimement reconnu comme un ratage alimenté par une envie de refaire un biopic dans la continuité de son excellent Ed Wood, Tim Burton revient au domaine fantastique qui lui sied bien mieux. Mais a-t-il appris de ses erreurs ou poursuit-il sa longue déchéance artistique entamée depuis déjà 15 ans ? Il semble que la seconde option soit la bonne, et cela semblait acté dans la nature même du projet, à savoir l’adaptation d’un roman pour enfants, ce qui avait déjà abouti à Charlie et la Chocolaterie et Alice aux Pays des Merveilles, avec la subtilité que l’on sait.  Cette fois, ce ne sont pas ses outrances visuelles que l’on lui reprochera, mais au contraire son manque d’audace. Le roman de Ransom Riggs contenait pourtant une ambiance dont la mise en image avait une certaine potentialité gothique, ainsi qu’un schéma narratif proche de celui de Big Fish, le dernier bon film en date de Burton. Mais c’est justement parce qu’il n’a pas tiré parti de ces deux éléments que le réalisateur a signé un film édulcoré bien loin de ce qu’il aurait pu en faire à ses débuts.

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Judi Dench, qu’es-tu venue faire dans cette galère?

Le rôle principal, Jake, est donné à Asa Butterfield, déjà vu essentiellement dans le rôle-titre d’Hugo Cabret (où beaucoup lu avait déjà reproché un profond manque de charisme) et dont il est difficile à discerner qu’il a vieilli, puisqu’il a à présent 19 ans alors qu’il en fait 10 de moins. Mais, sans surprise, la promotion s’est faite autour d’un autre personnage, en l’occurrence le rôle-titre, incarné par la nouvelle égérie du réalisateur, la ravissante et bankable Eva Green. Aucun de ces deux interprètes ne livrera jamais ici de prestation remarquable, restant tous deux assez peu expressifs du début à la fin, ce qui représentera un gros souci dans les scènes se voulant mélodramatiques. Mais le vrai problème vient de la façon dont le récit se calque sur les clichés propres aux nombreux films estampillés « young adult » très à la mode ces dernières années. Il faut admettre que la rencontre entre Jake et ses « enfants particuliers », à mi-chemin entre les enfants perdus de Peter Pan et les X-men, s’inscrit parfaitement dans la veine de ces histoires puériles et ultra-manichéennes pour jeunes adolescents, amateurs de personnages aux super-pouvoirs et de méchants très méchants.

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Malgré leur design vidéoludique, les sépulcreux sont l’unique réussite visuelle du film.

On aurait pu espérer du réalisateur de Beetlejuice qu’il ait le courage et le talent suffisant pour s’affranchir de cet effet de mode infantilisant, mais il plonge dedans, et reste bien en peine d’utiliser ses nombreux personnages pour faire d’eux des êtres un tant soit peu approfondis, à l’image des freaks qui qui peuplaient autrefois son cinéma. La plupart des enfants particuliers resteront même jusqu’à la fin des figures n’ayant pas droit à la parole, juste là en guise de décoration fantastique. On ressent là une certaine gêne de la part du cinéaste, incapable de concilier matériau qui lui a été confié et le cahier des charges qui lui est imposé. Dans une seule et unique scène, propice à un peu d’action, Burton semble s’être lâché, se permettant certaines outrances qui, dans les 90 minutes qui l’ont précédé, semblaient impensables : Des squelettes qui se battent contre des monstres géants sur fond de musique vintage… ce n’est d’ailleurs pas un  hasard si c’est à cet instant que le réalisateur s’offre un caméo, comme pour montrer qu’il reste présent malgré le poids des producteurs qui l’ont muselé pour lui faire faire un film sans âme.

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Julien DUGOIS

Je l'avoue je ne suis pas un accroc de galette bleue, je préfère me passer de bonus au profit d'une diffusion sur grand écran.

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