[Critique] MacBeth (2015)

Ce n'est pas en trafiquant le texte de Shakespeare mais en ajustant sa réalisation à la violence morbide et au vertige psychologique qu’il recèle que Justin Kurzel en donne la représentation la plus nerveuse et la plus nihiliste que l’on puisse en donner.

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MacBeth

Un film de : Justin Kurzel

Avec : Michael Fassbender, Marion Cotillard, Paddy Considine, David Thewlis, Sean Harris

11ème siècle. Le colonel MacBeth revient victorieux d’une bataille qui a mis fin à la guerre civile en Ecosse. En tant que cousin du roi et thane de Glamis, il voit ses terres et ses titres de noblesse augmentés, mais la prophétie de trois sorcières lui annonçant son règne, mais aussi sa chute, vont l’entraîner dans une soif du pouvoir et une paranoïa qui le mèneront à sa perte.

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MacBeth, vainqueur sur le champ de bataille

Une relecture hargneuse et hypnotisante qui reste fidèle aux écrits de Shakespeare

Lorsque William Shakespeare écrivit, au début du 17ème siècle, la pièce de théâtre MacBeth, librement inspiré du règne tyrannique que le roi éponyme à fait subir à l’Ecosse 6 siècles plus tôt, il était loin d’imaginer que son œuvre deviendra le terreau d’un art aux codes narratifs bien différents du sien. C’est bien pour cette raison que l’adaptation de pièces classiques est un exercice difficile, et que MacBeth, de par la profondeur psychologique dont elle jouit, en est certainement le cas le plus épineux. Parmi les nombreuses tentatives d’adaptation de ce récit, deux d’entre elles méritent d’être retenues. Le MacBeth d’Orson Welles de 1948, fidèle au texte mais dont la mise en scène – au moins dans les scènes en intérieur – s’apparente à du théâtre filmé, et Le Château de l’Araignée d’Akira Kurosawa, en 1957, qui s’éloigne du récit puisqu’elle place l’action au Japon, l’adapte à la mythologie locale et le modifie afin de justifier une mise en scène purement cinégénique. Ce que propose l’australien Justin Kurzel est de rester parfaitement fidèle au texte initial et de profiter de ce que le cinéma peut offrir de plus impressionnant d’un point de vue esthétique.

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MacBeth, devenu roi, fera tout pour conserver le pouvoir

Faire ainsi coexister une écriture datant de 500 ans avec la grammaire cinématographique moderne relève donc de l’exercice de style périlleux. Il est tout à fait logique que les non-initiés hermétiques à l’œuvre de William Shakespeare ne réussiront pas retrouver les codes narratifs auxquels le cinéma les a habitués. La dramaturgie et les dialogues en vieil anglais tels qu’ils sont retranscrits étant clairement propres à une interprétation théâtrale, le ressenti sur grand écran semblera alors invariablement laborieux et verbeux à ce public qui n’y retrouvera pas ses marques. Tant pis pour eux, car l’incrustation qui est faite de cette écriture classique dans une mise en scène d’une grandiloquence que seul le cinéma peut offrir s’avère au final être une pure réussite. Sur le fond d’abord, tant la thématique centrale, qu’est la folie autodestructrice que la soif de pouvoir fait gangrener dans l’esprit des deux personnages, est perceptible dans chacune des différentes étapes de leur parcours.C’est d’ailleurs aussi là que le principal reproche peut se faire, à savoir que le point de bascule essentiel de MacBeth souffre d’une ellipse, ce qui rend faire perdre à la compréhension psychologique beaucoup en subtilité. Mais c’est surtout la qualité formelle du film qui en fait une expérience inoubliable. La beauté graphique avec laquelle sont filmés les larges paysages écossais et la photographie qui rend chaque plan digne d’une superbe peinture impressionniste sont le fruit d’un travail jusqu’au-boutiste, que les mauvaises langues (sans doute ceux-là même qui n’auront su adhérer au récit) qualifieront de tape-à-l’œil mais dont la somptuosité est irréprochable.

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Lady MacBeth, âme damnée de son royal époux

Au cœur de cet éclat visuel et de ce mythe intemporel, la direction avec laquelle Kurzel dirige ses acteurs est elle aussi d’une justesse saisissante. Alors que le personnage de Lady MacBeth est unanimement reconnu comme le rôle le plus difficile à jouer du répertoire théâtral classique, la partition de Marion Cotillard est d’une intensité dramatique si remarquable qu’on en viendra à regretter qu’elle ne soit pas davantage présente à l’écran et que son machiavélisme ne soit pas plus exploité. Plus impressionnant encore, la magistralité dont fait preuve Michael Fassbinder donne à la névrose et à la bestialité de son personnage une puissance glaçante. Alors que les frères Weinstein prétendaient avoir promis de ne plus produire de films violents, la brutalité à son état le plus extrême inonde ici la mise en mise bien au-delà des scènes de batailles qui ouvrent et closent le long-métrage, réussissant à donner, jusque dans  passages les plus calmes, une tension viscérale. Ce n’est donc pas en trafiquant le texte de Shakespeare mais en ajustant sa réalisation à la violence morbide et au vertige psychologique qu’il recèle que cette adaptation est, en plus d’une œuvre visuellement envoûtante, la représentation la plus nerveuse et la plus nihiliste que l’on pouvait en donner. Difficile de croire que Shakespeare n’aurait pas apprécié.

Nos attentes pour une édition collector.

Comme toujours un making-of qui nous permettrait de mesurer le travail qu’a nécessité un tel rendu, ainsi qu’un documentaire cinématographique qui nous expliquerait à quel point s’attaquer à un pareil monument de la littérature classique est un défi difficile. Mais l’essentiel est ici une version longue director’s cut tant les défauts cités plus haut sont à n’en point douter le fruit de coupes sévères imposées au montage final. Mais quand bien même il serait dans sa version la plus aboutie, découvrir ce film sur petit écran ne serait vraiment pas lui rendre justice.

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Julien DUGOIS

Je l'avoue je ne suis pas un accroc de galette bleue, je préfère me passer de bonus au profit d'une diffusion sur grand écran.

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