[Critique] Le Chasseur et la reine des Glaces

Même si Blanche-Neige et le Chasseur révélait un certain potentiel dans son approche sombre et violente du conte des frères Grimm, ce spin-off préfère adopter une imagerie et une trame plus édulcorées, que l'inexpérience du réalisateur ira jusqu'à rendre un peu mièvre.

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Les chroniques de Blanche-Neige : Le Chasseur et la Reine des glaces

Titre original : The Huntsman: Winter’s War

Un film de : Cedric Nicolas-Troyan

Avec : Chris Hemsworth, Charlize Theron, Emily Blunt, Jessica Chastain, Nick Frost

Alors qu’elle venait d’accéder au pouvoir, Ravenna a vu sa sœur Freya se transformer en reine des neiges suite à la mort de son enfant puis s’isoler en montagne pour fonder une armée d’enfants-soldats. Parmi eux, les jeunes Eric et Sara bafouent la règle n°1 en tombant amoureux. Ils sont alors exilés séparément. 7 ans plus tard, Eric est chargé par la reine Blanche-Neige de retrouver le Bouclier Maléfique de Ravenna avant que Freya ne mette la main dessus. Une quête qui va lui permettre de recroiser la route de Sara.

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Tu veux de Dark et de la Fantasy? Garde la pêche!

Une franchise à alimenter à tout prix

En 2012, l’adaptation de Blanche-Neige réalisée par le britannique Rupert Sanders a fait son petit effet grâce à la création d’un univers fantastique enrichi par une direction artistique impressionnante et par un casting aguicheur. Au vu de son succès, il n’y a rien d’étonnant à ce que son producteur Joe Roth, et derrière lui les studios Universal, aient voulu exploiter le filon. Mais imaginer une suite à un conte aussi populaire est un exercice si périlleux que même Disney s’y est plus d’une fois cassé les dents. Autre difficulté : Ni l’actrice principale, Kristen Stewart, ni le réalisateur n’étaient « disponibles » pour le tournage. Oublié l’idée d’un Blanche-Neige 2, la suite de Blanche-Neige et le Chasseur a par défaut fait le choix de se concentrer sur l’autre personnage principal, Eric, le fameux Chasseur interprété par Chris Hemsworth, sous la forme d’un spin-off. Derrière la caméra, Franck Darabont a un temps été sollicité avant d’abandonner le projet à la dernière minute. La production s’est alors tournée vers un jeune français appartenant à l’équipe d’effets spéciaux du premier film, et dont le travail en tant que réalisateur se limitait jusque-là à des publicités.

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Libérée… Ah, c’est pas le bon studio?!

La dark fantasy fait place au pop-corn movie

La première demi-heure du film se déroule avant les événements du précédent film, afin de revenir sur les origines, d’abord de Freya, la nouvelle méchante, ensuite d’Eric avec dans un premier temps son enfance sous les ordres de la Reine des Glaces, puis son exil de ses troupes. Les 80 minutes suivantes se dérouleront après la victoire de Blanche-Neige sur sa vilaine belle-mère, il ne s’agit donc pas, contrairement à ce qui fut avancé, d’un prequel. Pour en revenir à Freya, il s’agit d’une relecture non-avouée du conte d’Anderson La Reine des Neiges, jouant ainsi sur le récent succès du dessin animé éponyme de Disney. Avec un duo de scénaristes tel que Evan Spiliotopoulos (spécialiste en suites enfantines –et ratées– pour Disney : Winnie l’ourson et l’Efélant, Le Livre de la jungle 2, Le secret de la Petite Sirène…) et Craig Mazin (qui n’avait jusque-là officié que dans la comédie potache : Les Scary Movie et Very Bad Trip), nous sommes évidemment loin de la noirceur qu’avaient su insuffler les auteurs du film précédent dans leur adaptation des frères Grimm. De façon à entrer dans le moule du divertissement grand public, le ton devient beaucoup plus léger et l’intrigue se construit autour d’une histoire d’amour, ce que certains spectateurs avaient reproché de ne pas avoir vu développer entre Blanche-Neige et son champion. L’exemple le plus symptomatique de cette approche plus puérile de l’aventure est le traitement des personnages secondaires. Parmi les 7 nains, des personnages assez graves, seul le plus drôle d’entre eux, celui interprété par Nick Frost, est conservé dans cette suite afin de servir de sidekick, que l’on accompagne de trois autres nains, un garçon (son « demi-frère ») et deux femmes, entre qui vont tout du long s’échanger des vannes lourdaudes… jusqu’à ce qu’ils tombent naïvement amoureux.

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Hé! Ho! Hé! Ho! On devient rigolo!

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Nouvelles égéries publicitaire : Emily Blunt : #TeamLibéréeDélivrée et Charlize Theron : #TeamDiorJadore

Une réalisation toute aussi fainéante que l’écriture du scénario

Pire que les personnages secondaires, le traitement le plus maladroit dans ce film est celui de son duo de méchantes, tant en termes d’écriture (le revirement de Freya frôle le grotesque) que d’interprétation grand-guignolesque. Si Charlize Theron réussissait à être à la fois sexy et impressionnante en reine-sorcière dans le premier film, ici son jeu se limitant à écarquiller les yeux en parlant doucement la rend rapidement horripilante. On pourrait croire qu’elle était moins impliquée lors de ce tournage, mais lorsque l’on s’aperçoit que, pour inspirer un mélange de menace et de séduction, Emily Blunt reproduit exactement les mêmes mimiques on comprend que le problème vient de la direction d’acteur du réalisateur. L’expérience de celui-ci dans le domaine de la publicité saute d’ailleurs aux yeux dans la façon dont le chef opérateur (Phedon Papamichael, pas le premier venu puisqu’il a notamment travaillé sur les derniers films d’Alexander Payne) et la costumière se sont accordés sur les teintes dorées clinquantes dès que Charlize Theron est à l’écran – moins souvent que ce que la promotion voudrait nous faire croire -, au point que l’on la croirait toute droit sortie de sa pub pour Dior. L’actrice la plus convaincante est finalement Jessica Chastain, qui peut remercier la doublure qui assure ses cascades, ses scènes d’action étant les passages où son personnage est le plus iconique. Le travail louable qui avait été fait sur Blanche-Neige et le Chasseur pour installer et illustrer à l’écran une mythologie cohérente se limite cette fois à une poignée de créatures numériques d’une pure laideur. Et lorsque, dans le dernier tiers, les deux vilaines sœurs sont réunies et font face aux gentils, le scénario atteint son summum de confusion. Ce combat manichéen ne prenant jamais le temps d’approfondir la relation entre ces deux figures maléfiques. Tout n’est alors qu’hurlements et effets spéciaux dépassés… de quoi faire du générique de fin un beau soulagement!

Suite aussi mal inspirée que mal réalisée d’un film pourtant intéressant, ce Chasseur et La Reine des Glaces ne réussit jamais son pari de renouveler la vision sombre de l’univers féérique qu’il exploite. Difficile de pense que cette aventure aussi puérile que tape-à-l’œil puisse satisfaire le public.

Crédits images : Gyles Keyte/© Universal Pictures

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Julien DUGOIS

Je l'avoue je ne suis pas un accroc de galette bleue, je préfère me passer de bonus au profit d'une diffusion sur grand écran.

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