[Critique] Independence Day / Independence Day: Resurgence

Independence Day Independence Day: Resurgence Un film de: Roland Emmerich Avec: Bill Pullman, Jeff Goldblum,Will Smith, Brent Spiner Liam Hemsworth, Maika Monroe, Jessie Usher, William […]

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Independence Day: Resurgence

Un film de: Roland Emmerich

Avec: Bill Pullman, Jeff Goldblum,Will Smith, Brent Spiner

Liam Hemsworth, Maika Monroe, Jessie Usher, William Fichtner

États-Unis, 1996

États-Unis, 2016

1996. Une immense soucoupe volante envahit le ciel terrestre, libérant un nombre infini de petites soucoupes qui prennent position au-dessus des plus grandes villes du monde. Un informaticien new-yorkais décrypte les signaux émanant des étranges voyageurs. Ils ne sont pas venu en paix et se préparent à attaquer la Terre.

2016. La terre est de nouveau menacée par une catastrophe d’une ampleur inimaginable. Pour la protéger, toutes les nations ont collaboré autour d’un programme de défense colossal exploitant la technologie extraterrestre récupérée. Mais rien ne les a préparé à la force de frappe sans précédent des aliens. Seule l’ingéniosité et le courage de quelques hommes et femmes pourront sauver l’humanité de l’extinction.

La suite donnée au premier volet de ce qui deviendra vraisemblablement une série, réalisée vingt ans après, place Independence Day et Independence Day: Resurgence dans une position de continuité en même temps que de comparaison, dévoilant un regard que l’Amérique s’adresse à elle-même à travers le prisme du film-catastrophe. Roland Emmerich, réalisateur hollywoodien d’origine allemande, a toujours livré ce regard ironique sur les États-Unis dans des blockbusters ludiques dont l’inégalité n’a jamais empêché le succès. Davantage scénariste et technicien que véritable cinéaste, il convoque sans cesse les mêmes motifs, les mêmes histoires à la structure toujours identique dont le propos, plutôt léger et franchement politique, consiste à démontrer comment le peuple américain résiste toujours à l’envahisseur, fait face aux apocalypses successives qui l’accable et ce sans jamais perdre le culte de l’image qui le caractérise. Vivre la fin du monde de manière décontractée est un point commun à tous ses personnages. L’entreprise de Independence Day: Resurgence semble essentiellement menée sur la volonté de poursuivre le film exactement vingt ans après le premier. Malgré un résultat peu convaincant, il offre une comparaison avec son prédécesseur et un indice sur l’évolution de l’Amérique telle qu’elle se perçoit.

L’apocalypse oui, mais avec le sourire

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Les films-catastrophe sont un des reflets de l’époque au cinéma. Ils mettent en scène les forces d’une nation aux prises d’une situation à risque, un événement menaçant son hégémonie, et font écho aux réalités qu’elle traverse. Par lui sont transmises morale et valeurs patriotiques avec pour objectif la constitution d’un groupe (la nation à travers ses personnages emblématiques/archétypaux) de personnages comme de spectateurs. Le film de 1996 mettait en scène l’Amérique de Bill Clinton avec ses valeurs inaltérables: mariage, famille, patrie. Si l’invasion extraterrestre occupe le centre le l’intrigue, elle n’est là que pour faire émerger les conduites et le mode de vie idéal des États-Unis. Le parallèle fait entre famille et patrie est divisé en de multiples histoires, la principale étant celle de Steve Hiller, pilote de chasse et père de famille, tout comme celle du Président Whitmore, père de la nation en même temps que soldat de l’air. Enfin, l’intrigue gravitant autour de David Levinson et son père met en scène les relations filiales et le rapport au couple du plus jeune. La question du mariage est souvent inhérente aux films-catastrophe. Il aura fallu une invasion extraterrestre pour que Hiller se décide à épouser sa compagne. Tout, et même le surnaturel, devient un moyen de remettre en cause le couple et l’institution qui le représente au centre de la constitution de l’identité américaine. Il en est de même pour le modèle culturel. L’omniprésence de la « culture cool » dans les films d’Emmerich n’est plus à démontrer, elle caractérise tous les personnages à degrés divers. Toutes les occasions sont bonnes pour tourner en dérision les menaces qui pèsent sur le pays et incarner le héros viril et décontracté. Ainsi, à un Will Smith fumant le cigare sur la dépouille d’un alien dans le premier opus, succède la bande de jeunes pilotes jouant les têtes brûlées sans jamais perdre leur sens de l’humour.

Si chez Emmerich, il est coutume de réunir un groupe de personnages à travers plusieurs histoires entremêlées, souvent les mêmes; un représentant du gouvernement, un militaire, un scientifique lucide que personne n’écoute, et un citoyen de classe moyenne, cela révèle souvent une hiérarchie sociale qui doit être conservée et entretenue malgré la catastrophe afin que la nation triomphe. Ainsi, si le bas de la société, les classes moyennes et les marginaux, sont généralement les premiers décimés, c’est des classes supérieures que viendra la victoire (gouvernent politique, force militaire, pouvoir de la science). Un des moyens de survivre sera le grimper l’échelle sociale le temps de la catastrophe, avec ainsi une chance d’en réchapper.

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Independence Day: Resurgence reprend ces motifs s’en pour autant les approfondir. La principale raison à cela semble être la désinvolture de l’entreprise. Film destiné aux fans de la première heure, doté d’un récit convenu de bout en bout, il ne parvient pas à surprendre étant donné qu’il reprend les personnages et les grandes lignes de son prédécesseur. Les quelques rajouts sont expédiés, en particulier les nouveaux personnages, des jeunes pour la plupart, qui trahissent les intentions des producteurs du film. La jeune pilote chinoise ne semble guère être là pour autre chose que pour ouvrir le film au marché chinois (c’est désormais une convention pour les blockbusters depuis que la Chine est devenue le premier marché mondial), tout comme Charlotte Gainsbourg, égarée en plein film avec sur les bras un personnage des plus inutiles, mais qui apporte malgré tout la touche européenne qui manquait peut-être tant cette histoire de guerre planétaire ne semble concerner que l’Amérique, une nouvelle fois centre du monde et unique visage de l’humanité. Vis-à-vis de ces nouveaux venus, le film adopte une attitude plutôt réactionnaire, tant ce sont les anciennes générations, celles du premier film, qui arbitrent les évènements, laissant à la jeune génération le rôle d’exécutants, habiles et pleins de bonne volonté, mais condamnés à rester à la botte à leurs ainés. Seule marque évidente de l’époque, l’introduction d’une femme à la Maison blanche, signe politique à peine voilé adressé à d’éventuels soutiens d’Hillary Clinton pour les prochaines élections présidentielles.

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Toute série de blockbuster s’inscrivant dans le temps, en particulier à vingt ans d’écart oblige à appréhender leur approche des effets numériques. C’est sans doute une des failles des deux films: avoir toujours privilégié les effets de synthèse aux effets mécaniques. Le pacte de croyance entre le film est le spectateur est d’emblée rompu. Une partie de l’œil voit l’écran vert, toujours. A partir de là, les scènes peuvent être plus démesurées les unes que les autres, rien n’y change. Cependant, il était sans doute difficile de faire le contraire, tant le film affiche sa démesure. Difficile de créer autant de vaisseaux, d’aliens, et de batailles aériennes de toutes pièces. Le résultat penche néanmoins en faveur du premier opus, sur lequel le temps a pesé, mais qui conserve le charme de ces effets propres à beaucoup de gros films des années 1990.

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Malheureusement, tous ces films vont être rattrapés par des évènements, bien réels cette fois, dès le début du nouveau siècle. Le 11 septembre, les guerres en direct, pour ne citer qu’eux, vont considérablement changer la sensibilité des spectateurs à ces nouvelles images numériques. Si bon nombre de films-catastrophes des années 1990 s’évertuaient à détruire encore et encore les grandes villes américaines, et particulièrement New York, son centre, dans une mise en scène ludique placée sous le second degré, les États-Unis se sont retrouvés rattrapés par une réalité qu’ils avaient mille fois scénarisée. De fait, la vision d’une foule courant dans les rues avec en arrière plan un nuage de feu ou de fumée fonçant sur eux était déjà bien connue. Mais leur mise en scène qui tournait tout en dérision ne pouvait pas grand chose face aux « images-témoins » de véritables catastrophes: des images plus « sales », moins précises, « mal cadrées », ne versant jamais dans le sensationnel et l’esthétisme volontariste, mais attestant d’une réalité nue, d’un événement au présent face auquel l’image devient preuve et place le spectateur en position de « non assistance à personne en danger », pour reprendre l’expression de Serge Daney.

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Independence Day: Resurgence restera un film de 2016. De fait, il viendra toujours après cette avalanche de nouvelles images dont l’approche a considérablement évolué au cours des années 2000. Le film semble donc très paresseux, en dépit de quelques scènes impressionnantes, mais toujours déliées du spectateur. Tous les ingrédients sont là: démesure, immersion, spectacle, mais rien n’y fait. Cette débauche de moyens n’a plus aucun effet parce que rattrapée depuis longtemps par le réel. Reste le divertissement qui comblera peut-être ses inconditionnels.

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Quentin Carraro

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