[Critique] Dernier train pour Busan

Dernier train pour Busan Un film de: Yeon Sang-ho Avec: Gong Yoo, Ma Dong-Seok, Jung Yoo Mi Corée du Sud, 2016 Un virus inconnu se […]

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Un film de: Yeon Sang-ho

Avec: Gong Yoo, Ma Dong-Seok, Jung Yoo Mi

Corée du Sud, 2016

Un virus inconnu se répand en Corée du Sud, l’état d’urgence est décrété. Les passagers du train KTX se livrent à une lutte sans merci afin de survivre jusqu’à Busan, l’unique ville où ils seront en sécurité.

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Petit blockbuster coréen, vif comme une série B, Dernier train pour Busan convoque le genre du film d’horreur avec des figures bien connues en Occident: les zombies. Le film s’illustre comme une poursuite indirecte du travail de Georges A. Romero. Comme lui, Yeon Sang-ho s’empare de la figure du zombie pour la poser en terrain politique. Et c’est sans doute sous cette lecture que le film est le plus fort. Superbement déjanté et rythmé de bout en bout, il n’en reste pas moins une charge directe contre la politique menée en Corée du Sud. Et si le film est si bien accueilli ici, c’est aussi parce que la situation décrite fait étrangement écho à celle de la France et plus largement à celle de l’Europe, si bien qu’on en viendrait à souhaiter un remake façon « Dernier train pour Bruxelles ». Soit l’invasion de tout un train par des monstres déchainés, s’attaquant aux passagers où figurent toutes les couches sociales. Et si le scénario désigne les créatures comme malfaisantes, la mise en scène change progressivement d’angle de vue jusqu’à désigner les véritables monstres, c’est à dire les grands patrons, les financiers et les dirigeants. C’est un état d’esprit qui est visé; l’individualisme et l’égoïsme, la soif du pouvoir qui amène à la lâcheté. Ces états traduisent une peur de l’autre et esquissent le portrait d’une société libérale toute désignée. Le film convoque alors des images qui résonnent fortement dans l’actualité récente, et pas seulement en Corée: des manifestations qui tournent à l’émeute, un « état d’urgence » imposé afin de se protéger d’une menace mal connue, des corps inanimés flottant à la surface de l’eau… autant d’images qui sont des signaux.

Comme un autre film du grand Bong Joon-ho, Snowpiercer, il s’agira de traverser le train de tout son long, trajet métaphorique de la confrontation des personnages aux milieux sociaux qui leur sont étrangers. Le trajet horizontal qu’ils ont à faire pour échapper à leurs assaillants appelle une mise en scène rectiligne, formidable dispositif pour insuffler du dynamisme et de la tension. C’est une course d’obstacles au plein sens du terme. Tout l’espace est pris en compte, du plus grand (des wagons entiers) au plus petit (toilettes, cabines…). De ces limites spatiales imposées par le décor découle un certain comportement des corps, contraints d’avancer, de reculer, de se stopper; torsion physique qui rencontre son extrême dans celle désarticulée des zombies.

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Le film d’horreur est le genre le plus convoqué. Malgré tout, le western s’invite également à bord avec une référence majeure qui parcourt le film: La Chevauchée fantastique de John Ford. Malgré tout l’écart qui sépare les deux films en raison de différences géographiques, temporelles et scénaristiques propres à chacun d’eux, ce Dernier train pour Busan se retrouve dans la même situation que la diligence de Ford, amenée à traverser un espace inconnu pour se rendre d’un point A à un point B, avec à son bord des personnages-emblèmes d’une société qui représentent tous une certaine éthique. Ici, Busan est perçue comme le dernier endroit vierge de toute terreur. Le voyage est révélateur des tensions internes de la société dépeinte et les violences qui en résultent entrainent une reconfiguration des groupes d’individus, entre union et désunion, entre collectif et individualité, expérience au bout de laquelle un nouveau rapport au monde verra le jour. Ici, l’issue fait écho à celle de La Nuit des morts-vivants, où le dénouement pessimiste de Romero décrivait une remise en question de l’identité toute entière des individus entre eux. Les hommes sont-ils capables de se reconnaître comme tels ou la peur de l’autre a-t-elle finit par l’emporter? Yeon Sang-ho se confronte à cette question et nous la retourne in extrémis.

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Quentin Carraro

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