[Critique] Chouf

Un grand film de gangsters made in France, ça fait plaisir. Et quand, en plus, la vie difficile dans les HLM marseillais et la mécanique des trafics de drogue sont filmées avec un détail de réalisme et une mise en scène soignée, mêlant mélodrame et naturalisme, impossible de bouder son plaisir!

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Chouf

 Un film de : Karim Dridi

Avec : Sofian Khammes, Foued Nabba, Nailia Harzoune, Oussama Abdul Aal, Zine Darar, Tony Fourmann

Sofiane, 24 ans, brillant étudiant, intègre le business du trafic de drogue de son quartier dans le nord de Marseille après le meurtre de son frère, un caïd local. Pour retrouver les assassins, Sofiane est prêt à tout. Il abandonne famille, études et gravit rapidement les échelons. Aspiré par une violence qui le dépasse, Sofiane découvre la vérité et doit faire des choix.

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Le Scarface phocéen ?

Karim Dridi clôt sa « trilogie Marseille », entamée il y a vingt ans avec Bye-bye (qui offrit un de ses premiers rôles à Sami Bouajila, à présent producteur) et Khamsa en 2008, en nous plongeant au cœur des trafics de drogue qui font vivre les quartiers Nord de Marseille. Les nombreux meurtres que les médias nous font connaitre de ce microcosme hermétique n’ont de cesse de cristalliser les fantasmes des amateurs de films de gangsters, mais le cinéma de genre étant timorée en France, il semblait peu probable de voir le sujet abordé de front. Le manque est donc à présent rattrapé. Le choix d’un style naturaliste pour dépeindre avec un souci de réalisme ces quartiers difficiles est quelque chose dans l’air du temps. On peut en cela assimiler Chouf au film belge Black, qui lui posait sa caméra dans le quartier de Molenbeek, mais le film de Dridi dispose d’une distanciation vis-à-vis des clichés sociaux et surtout d’une véritable volonté de cinéma qui se ressent dès les premières minutes. Entre ses effets de mise en scène extrêmement fluides, ses paysages flamboyants mis particulièrement en valeur lors des scènes les plus tragiques et les codes du film de gangster respectés à la lettre, impossible de nier que le réalisateur maîtrise son ouvrage.

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Plus belle la vie

Alors qu’il avait surtout opéré dans le genre mélodramatique, Dridi construit son scénario autour de trois axes qui sont les piliers du cinéma de genre, à savoir le retour aux sources de son personnage, la quête de vengeance et enfin le rise and fall cher à nos amis d’Outre-Atlantique. Le récit est donc celui du jeune Sofiane, le fils sur lequel ses modestes parents avaient misé l’avenir de la famille en lui payant des études loin des blocs de béton où il a grandi. Mais, tel Michael Corleone, son séjour censé être éphémère auprès des siens va mettre un frein à la rédemption qu’il avait entrepris pour mieux sombrer dans une spirale de violence effrénée. Ce sont même ses acquis en école de commerce qui feront de lui un maillon essentiel du réseau de cannabis des complices de son frère. Cette figure de héros maudit est interprété par Sofian Khammes, le seul acteur (hormis les adultes puisqu’y croise Slidane Dazi et Simon Abkarian) qui puisse profiter d’une véritable expérience puisqu’il sort du Conservatoire. Tous les autres jeunes en revanche sont issus de ce milieu décrit dans le film, le réalisateur les ayant lui-même coachés dans des ateliers d’art dramatique. Un travail de longue haleine qui a porté ses fruits puisque le film a eu droit à une prestigieuse Séance Spéciale à Cannes.

Chouf est probablement la meilleure proposition d’immersion dans le milieu des ghettos marseillais et peut-être même l’un des meilleurs thrillers que le cinéma français nous ait offert ces dernières années. Fidèle aux codes empruntés à ses glorieux modèles, son message sur le déterminisme social, qui ne prend en aucun cas le parti-pris de justifier les crimes de ses personnages, en fait aussi un film assuré d’ouvrir le débat.

Nos attentes pour une édition collector :

Un making-of comme d’habitude, mais aussi les vidéos de ces cours de théâtre donné par le réalisateur aux jeunes du quartier ainsi que des interviews de ces derniers qui témoigneraient de la véracité de l’ambiance tendue telle que le film nous le fait ressentir.

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Julien DUGOIS

Je l'avoue je ne suis pas un accroc de galette bleue, je préfère me passer de bonus au profit d'une diffusion sur grand écran.

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