[Critique] Babysitting 2

La crétinerie des personnages qui faisaient rire dans le premier film est devenue le moteur de l'écriture de cette suite graveleuse et sans inspiration au point de faire tomber à plat cette piètre comédie au rang des pires ratages de l'année.

babysitting-2-affiche-UniversalBabysitting 2

Un film de: Nicolas Benamou et Philippe Lacheau

Avec: Philippe Lacheau, Tarek Boudali, Julien Arruti, Alice David, Vincent Desagnat, Christian Clavier

Franck a décidé de sauter le pas et de demander Sonia en mariage, mais avant ça il lui faut encore rencontrer son père, qui gère un hôtel au Brésil. Ses amis s’incrustent dans ce voyage, convaincus d’en profiter pour vivre des vacances de rêve. Un matin, ils partent en escapade dans la forêt tropicale, et se retrouve contraints d’emmener eux Yolande, la grand-mère acariâtre de Sonia. Ne les voyant pas revenir revenir, Sonia et son père commencent à s’inquiéter et retrouvent la caméra de d’Alex sur laquelle ils pensent trouver des images qui leur fera comprendre ce qu’il s’est passé.

Des-amis-toujours-aussi-cons« Oh non, ça recommence »

Cette réplique prononcée par le personnage d’Alice David pourrait à elle seule résumer le film, mais aussi les sentiments de déjà-vu et de frustration ressentis face à son visionnage. Le succès qu’avait rencontré, en 2014, Babysitting rendait inévitable l’envie de ses réalisateurs Nicolas Benamou et Philippe Lacheau de faire fructifier la recette. Cette production exploitait les ficelles scénaristiques de potacheries américaines sur la thématique de la soirée de beuverie qui dégénère, un schéma qui jusque-là trouvait difficilement son public quand il était exploité par la comédie française – le dernier à avoir relativement marché avait été Les Parasites… 15 ans plus tôt – mais qui flirtait à l’époque sur les succès successifs des films de Todd Philips (Very Bad Trip et Projet X) en justifiant l’usage, lui aussi à la mode, du found-footage. Ayant de plus fait leurs preuves sur le format de courtes vidéos Youtube, la petite équipe derrière le film savait trouver le ton pour plaire à un public assez jeune. Tous ces ingrédients se retrouvent donc dans cette suite, or justement le fait d’être incapable de s’en affranchir apparaît comme son plus gros défaut. L’influence de Todd Philips d’abord puisque le concept de la suite de Very Bad Trip, à savoir une transposition d’une aventure au déroulé identique dans un pays lointain, est ici ouvertement recyclé. Le soi-disant « parler jeune » ensuite puisque, entre les 20 mois qui séparent les deux films, l’immaturité de chaque personnages semble s’être encore aggravée.

babysitting-2-Une-aventure-tropicaleVulgaires sous les tropiques

C’est donc sous le soleil du Brésil que Franck (Philippe Lacheau) et ses amis vont vivre leurs nouvelles mésaventures scabreuses. Ce changement de décor est donc le principal changement vis-à-vis du précédent film, mais qu’est-ce que ce choix de dépaysement apporte de nouveau ? Hormis un peu d’exotisme et le plaisir de voir quelques charmantes jeunes femmes en bikini (en particulier Elisa Bachir Bey et Elodie Fontan, traitées en simples bimbos), pas grand-chose, il faut le reconnaître. La proximité de la jungle amazonienne laisse peu de doute quant au déroulement de leurs pérégrinations car, même si l’on est loin de films de la trempe d’Aguirre, La colère de Dieu ou Cannibal Ferox, le scénario suit pas à pas les étapes convenues de ces modèles en termes de survivals tropicaux, à savoir l’égarement dans la forêt suivie de la confrontation aux tribus locales. C’est d’ailleurs là que l’on peut trouver l’unique preuve d’audace de la production, celle d’avoir fait appel à de véritables indigènes pour interpréter les membres de la tribu.

Philippe-Lacheau-et-Alice-David-sous-le soleil-du-BresilZéro effort

Au-delà du décor de ce scénario sans surprise, l’autre différence notable vis-à-vis du premier film est que le rôle du garde-fou issu de l’ancienne scène comique tenu précédemment par Gérard Jugnot a été confié à Christian Clavier. Et oui, celui-là même qui a tant nuit au box-office du premier film, sorti, rappelons-le, le même jour que cette éloge populiste de la banalisation du racisme qu’était Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu?. Or, là où Jugnot réussissait à apporter un peu de sobriété face au cabotinage des jeunes acteurs inexpérimentés, le surjeu toujours aussi poussif de Clavier ne fait qu’amplifier le faible niveau global des interprétations. La lourdeur inhérente aux personnages qu’interprètent notamment Julien Arruti et Vincent Desagnat pourrait en effet être un ressort comique amusant si l’absence de crédibilité qu’y apportent les deux acteurs ne les rendait pas à tel point insupportables. La crétinerie -qu’elle soit volontaire ou non- qui inonde les dialogues, l’absence d’adrénaline que nous procure le rythme globalement mou et la grossièreté de bas étage qui sert de cache-misère à un humour régressif en manque d’inspiration participent elles-aussi au sentiment d’avoir affaire à une suite bâclée, tournée dans  la précipitation. Même sur le plan technique, le found-footage est mal exploité. Cela se ressent en particulier dans la qualité déplorable du mixage sonore qui ne dépasse pas le seuil de l’amateurisme.

babysitting-2-Franck-et-ses-potes-UniversalL’art de faire du fric avec du con

Il y a-t-il tout de même des points positifs à cette pantalonnade sans saveur ? Il faut pour cela se demander ce que les réalisateurs ont tenté de nouveau, et là, le constat est assez pauvre. Hormis une scène de saut en parachute tournée en live, le film souffre d’un manque flagrant de prise de risque. Pire, les répliques dignes d’une cours de récréation et l’accentuation du caractère infantile des personnages doublées à une moralisation qui rompt avec toute volonté transgressive prouvent de façon incontestable que seule l’envie d’élargir le public a animé l’écriture de cette suite.  Le constat est sans appel : La sincérité que l’on pouvait ressentir face à la production houleuse de ce film de potes qu’avait été Babysitting a donné lieu et place à une logique opportuniste et commerciale et à un manque de toupet consternant. Toutefois, sur un marché qui en est réduit à plébisciter Les Nouvelles Aventures d’Aladin au point d’en faire le plus gros succès français de l’année 2015, ce Babysitting 2 a toutes les chances de trouver son public. Préparez-vous à voir se multiplier les critiques élogieuses remplis de fautes d’orthographe par des collégiens décérébrés!

Nos attentes pour une édition collector

Puisque l’on est déjà à peu près certains que les réalisateurs continueront à capitaliser leur recette avec au moins un film supplémentaire (on peut même déjà affirmer que Babybitting 3 nous racontera la lune de miel agitée de Franck et Sonia. Pari tenu?), autant conseiller aux amateurs d’attendre la sortie d’un coffret qui réunira l’ensemble de la franchise. Pour ce qui est des bonus, on peut espérer qu’un making-off réussisse – comme a commencé à le faire le générique de fin – à augmenter le capital sympathie envers la bonne humeur du tournage.

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Julien DUGOIS

Je l'avoue je ne suis pas un accroc de galette bleue, je préfère me passer de bonus au profit d'une diffusion sur grand écran.

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