[Critique] 99 homes

Découvrez la face cachée de la crise avec 99 homes.

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99 homes

Un film de : Ramin Bahrani

Avec : Michael Shannon, Andrew Garfield, Laura Dern, Tim Guinee

Rick Carver, homme d’affaires à la fois impitoyable et charismatique, fait fortune dans la saisie de biens immobiliers. Lorsqu’il met à la porte Dennis Nash, père célibataire vivant avec sa mère et son fils, il lui propose un marché. Pour récupérer sa maison, sur les ordres de Carver, Dennis doit à son tour expulser des familles entières de chez elles.

99 homes Barhani 2016Cannibal Low Cost

La crise laisse des traces ; quand The Big Short jouait sur l’humour absurde et l’ironique folie des chiffres, 99 homes bâtit ses textes sur les charpentes de l’inconscient. Les événements de 2008 prennent une tournure freudienne, où les terrains et les demeures se font symboles de leurs familles. Surfant sur un sens de l’inéluctable ultra efficace, le film génère un monstrueux tourbillon aux apparences infinies, augmentant les enjeux au fur et à mesure de ses péripéties, et, avec eux, la tension morbide, sa plus belle façade. Michael Shannon, grande mâchoire, grands yeux, grande gueule, boulimique immobilier qui en veut toujours plus, et Andrew Garfield, s’accaparant les maisons des autres, tels deux ogres superbes, respirent la force carnassière.

99 homes barhani 2016C’est une histoire de cannibalisme ; celui de l’homme par l’homme et du spectateur par le film, qui dévore par petits bouts, nous séquestrant dans une tornade de noirceur et de malhonnêteté. Dans la jungle, on n’a pas le choix des actes ; impression renforcée par ces longs travellings flottant d’un personnage à l’autre, véritables prédateurs matérialisant l’impuissance, forgeant l’immersive horreur des scènes, dont l’angle, grand ouvert comme la gueule d’un tigre, prend à la gorge les perdants du système pour ne plus les lâcher. Le terrain du symbole, où la maison représente l’ego, où le cadre se fait croc, et l’expulsion s’apparente à l’enfumage d’un renard dans son terrier. C’est dur, c’est épouvantable. C’est surtout malsain, tant l’imagerie n’épargne ni le conscient ni l’inconscient, digérant les humains avec leurs toitures et leurs portes. Et sous ses airs de thriller financier à l’américaine, 99 homes se révèle un véritable conte de fée, entre Hansel et Gretel et La petite sirène, tout en magie noire et dévoration. Cet art du sous texte cher aux ricains, maîtrisé à la perfection, confère au film cette étincelle qui fait les petits chocs, et, à coup sûr, les excellents thrillers.

Ne fouillez pas vos salles, 99 homes se destine au e-cinéma. Si, sur grand écran, sa dentition a fière allure, le cadre du téléviseur devrait tout de même laisser une belle morsure.

Nos attentes pour une édition collector :

Le journal de bord. Je le demande à chaque fois, en sachant bien qu’il n’y sera pas, mais au fond, c’est tout ce dont j’ai envie. La direction d’acteur, les choix du réal, la période de recherche ; qu’y a-t-il de plus intéressant?

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Nicolas Cengarle

Bof.