[Critique] Premier Contact

Premier Contact Titre original : Arrival Un film de : Denis Villeneuve Avec : Amy Adams, Jeremy Renner, Forrest Whitaker… Lorsque de mystérieux vaisseaux venus […]

Premier Contact

Titre original : Arrival

Un film de : Denis Villeneuve

Avec : Amy Adams, Jeremy Renner, Forrest Whitaker…

Lorsque de mystérieux vaisseaux venus du fond de l’espace surgissent un peu partout sur Terre, une équipe d’experts est rassemblée sous la direction de la linguiste Louise Banks afin de tenter de comprendre leurs intentions.
Face à l’énigme que constituent leur présence et leurs messages mystérieux, les réactions dans le monde sont extrêmes et l’humanité se retrouve bientôt au bord d’une guerre absolue. Louise Banks et son équipe n’ont que très peu de temps pour trouver des réponses. Pour les obtenir, la jeune femme va prendre un risque qui pourrait non seulement lui coûter la vie, mais détruire le genre humain…

Bancal mais fascinant

Dans cette critique, nous ne ressentons pas le besoin de vous expliquer pourquoi est-ce qu’Amy Adams est une bonne actrice, ou pourquoi est-ce que Jeremy Renner semble ne servir à rien. Ici, on tente de vous expliquer pourquoi la volonté principale de Denis Villeneuve, fait de Premier Contact le film le plus fascinant de cette année, et qu’en même temps, cela fait en fait un film bancal.

Amy Adams, qui tente de rentrer en contact

Dès le départ, on nous pose les règles. Dès le départ on nous dit : ce film est minimaliste, et n’a pas l’intention de vous donner des explications. Ainsi, dès le départ nous nous disons qu’il est nécessaire d’accepter de se perdre pour apprécier le film à sa juste valeur. Car, en effet, sa structure narrative déstabilise grandement. Mais participe à la marotte de Villeneuve : l’immersion du spectateur. Le canadien est un très grand faiseur d’ambiance. En ce sens nous lui faisons parfaitement confiance concernant Blade Runner 2049. Il sait envelopper son spectateur dans une sensation et l’invite à vivre l’histoire de manière plus sensitive qu’explicative. Ainsi, durant presque la totalité du film, Premier Contact sera affaire de laisser aller pour son audience et de quasi contemplation face à des humains qui rencontrent une forme de vie extra-terrestre. Mais c’est là que Premier Contact finit par pécher.

En effet, en instaurant dès le départ une volonté sensitive et englobant son spectateur dans son univers, celui-ci accepte ces codes, et donc n’a pas à les remettre en question. L’audience sait qu’elle doit se laisser transporter et donc elle se prete au jeu. Alors quand Villeneuve décide que son film devienne explicatif, il le devient soudainement trop -notamment dans son climax-. Alors, nous finissons par sortir de la dimension extrêmement mystérieuse et incertaine que Villeneuve à créer. Ainsi, Premier Contact offre l’impression que son climax est totalement expédié et n’existe pas. Il y a une perte de puissance totale, au moment où, justement, le film doit accélérer. Une sensation similaire était présente dans Sicario. Mais celle-ci se justifiait par un retour à la réalité très brutal pour les personnages. Ici, au contraire, Villeneuve tente d’emmener son récit dans le mélodrame explicatif lors de ses dernières minutes, et finit par lâcher son spectateur là où il avait pu l’accrocher. Ce qui fait de Premier Contact un film extrêmement impressionnant qui finit par devenir bancal. Mais cela semble pourtant justifier par une volonté de commenter la science-fiction contemporaine.

Un groupe d’explorateurs rentrent dans la caverne de Platon

Parce que Premier Contact, c’est un peu Midnight Special, Interstellar ou Under The Skin. On sent que les œuvres matriciels de Villeneuve sont celles de Nichols, Nolan et Glazer. Peut-être même plus que celles de Kubrick. Car il est évident que les auteurs contemporains cités plus haut, puisent leurs inspirations parmi Kubrick et Spielberg. Au final, ce que Villeneuve voulait commenter à travers son Premier Contact, c’est à quoi ressemble cette SF, qui retrouve ses lettres de noblesses aujourd’hui et qui se revendique pleinement héritière de Kubrick, Spielberg ou Lucas. La mise en scène des corps, pleinement minimaliste, participe à cela, puis le jaillissement soudain, et presque lourd, du mélodrame vient faire contrepoint et donc commenter son existence. Les questions que se sont posées Villeneuve sont, au final, « à quoi ressemble le cinéma de science-fiction contemporain ? » et « que pouvons-nous faire de différent face à des œuvres, avec un tel héritage revendiqué ? ». C’est ce qui fait de Premier Contact une œuvre extrêmement impressionnante et intéressante. C’est donc bien plus son questionnement sur sa position dans le paysage cinématographique d’aujourd’hui que ses personnages, qui nous intéressent. En y réfléchissant, le final de Premier Contact est plus héritier de l’univers de Star Trek que de 2001, l’Odyssée de l’Espace, même si, au fond, ils nous disent la même chose sur l’avenir de l’homme. L’un est plus philosophique, et l’autre plus géo-politique.

En y réflechissant, Premier Contact semble être aussi bien de la science fiction philosophique. Heritière de 2001, en évocant la question de l’outil, de son rapport à l’évolution, ou alors la forme du langage. Mais encore de la science fiction mélodramatique, notamment appuyée par la faute de gout musicale qu’etait d’utiliser Nature of the Daylight de Max Richter, afin d’appuyer son ouverture maladroitement Mallickienne. Ou alors de la science fiction politique, notamment avec un message pacifiste tout droit sorti de Star Trek, qui demande à tous les peuples de la terre de s’unir. Bref, ceci peut se poursuivre à l’infini, et permet au film de Villeneuve, d’avoir d’etre lu à énormement de niveaux differents. Notons d’ailleurs, que Premier Contact raconte comment des personnages tentent de sauver le monde, devant un écran blanc, où sont projetés des ombres. Cela peut-être aussi bien une métaphore de l’allégorie de la caverne chez Platon, que de la salle de cinéma.

 

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Guillaume DE CASTRO

Etudiant en cinéma, ma passion pour le cinéma est présente chez moi depuis toujours. La galette bleue est actuellement le meilleur moyen de vivre des sensations proche du grand écran aujourd'hui, c'est pourquoi je l'aime particulierement.

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